Last Day Of June (nouvelle)

L'Envol est un tableau de Marie-Eve (voir lien ci-dessous).

L'Envol est un tableau de Marie-Eve (voir lien ci-dessous).

 

 

 

LAST DAY OF JUNE

 

 

Je croyais l’avoir tuée. Sur cette route de campagne, elle avait surgi devant mes phares. Je rentrais chez moi passer quelques jours de congé dans mon village de montagne. Il faisait beau au moment où j’avais quitté le bureau. Brusquement, il s’était mis à pleuvoir. Comme une pluie d’orage en plein été, un vrai déluge. Je n’y voyais plus rien.

Complètement paniqué, j’étais sorti de la voiture en la cherchant vainement des yeux. Soudain, j’entendis un son de voix derrière moi :
— Je suis là...

Jamais, je n’oublierai cet instant. La douceur de sa voix contrastait tellement avec mon affolement.

En me retournant, enfin, je la découvris. Emmitouflée dans son imperméable blanc de la tête aux pieds, elle paraissait si mystérieuse.
— Vous n’avez rien ? lui lançai-je.
— Je suis juste un peu mouillée, me répondit-elle en riant.
— Voulez-vous que je vous raccompagne ? Vous habitez dans le coin ? insistai-je.

Elle resta muette et monta machinalement dans la voiture.
— Vous n’êtes pas la dame blanche au moins ?
Elle gloussa. Ce n’était pas le meilleur moment pour faire de l’humour.

Instinctivement, j'avais repris le chemin de la maison. Nous n’échangeâmes aucun mot. De toute façon, il fallait que je me concentre sur la conduite. Ce n‘était pas le moment d‘avoir un second accident. À vrai dire, je n’osais la dévisager. Elle n’avait même pas défait sa capuche. Inconsciemment pourtant, je la cherchais du regard dans le rétroviseur. Elle semblait absente et cela m’intriguait. Par moment, je sentais qu’elle m’observait.

Bientôt, nous arrivâmes devant ma maison à la sortie du village.
— Vous voulez rentrer vous sécher ?
Son « oui » fut cinglant.

Une autre surprise m’attendait chez moi. La porte était restée entrouverte. Bizarre, je pensais l’avoir fermée. Peut-être était-ce un problème de serrure ou de poignée ?
— Cela attendra demain, soufflai-je d’un ton désemparé. Asseyez-vous dans le canapé, je vais chercher quelque chose pour vous essuyer.

Elle défit enfin sa capuche et laissa échapper une magnifique chevelure blonde. Troublé par cette révélation, je restai figé en lui tendant la serviette.
— Il faut que je m’en aille, s’écria-t-elle, en se levant du canapé.
Je n’eus pas le temps de la raccompagner. Elle était déjà partie. Évanouie comme par magie. Dehors, il ne pleuvait plus. Le soleil était revenu. La luminosité était incroyablement forte.

Le lendemain, les ennuis continuèrent. Le livreur avait distribué le même journal que la veille. De mon côté, je n’arrivais pas à réparer cette satanée porte. J’étais à la cave quand la sonnette retentit. Absorbé dans mes pensées, je réagis bien trop tard. C’était ma mère qui me rendait visite. Mes efforts furent vains. Déjà, sa voiture avait redémarré. Elle ne m’aperçut pas dans le rétroviseur faire de grands gestes désespérés.
— Il n’est jamais là ! devait-elle penser.


En revanche, « elle » ne sonna pas. À l’ouvrage sur le seuil de la porte, je cherchais un outil quand retentit son malicieux « bonjour ».
— Je voulais vous remercier pour hier, me souffla-t-elle.
Ma belle inconnue était revenue. Toujours vêtue de blanc de la tête aux pieds, elle avait un look plus urbain, plus élégant, comme quelqu’un qui se rendait à son travail.
— Vous rentrez prendre un café ? lui demandai-je
— Oui, je veux bien, me répondit-elle.

Elle s'était assise dans le canapé, et moi dans le fauteuil voisin. Je mourais d'envie de lui poser quelques questions.
— Quel est votre prénom s'il vous plaît ?
— June.
— June ? Comme le mois ?
— Oui, comme le mois. Comme moi surtout.

Pour la première fois, je m’autorisais à fixer ses yeux clairs. Je commençais à m’attacher. Son côté mystérieux me séduisait. Alors que je m’apprêtais à lui poser d’autres questions, elle se leva comme pour mieux esquisser. Elle ne partit pas pour autant. Elle erra dans la pièce en observant la décoration.
— C’est de vous ? me lança-t-elle en fixant la poignée de cadres accrochés aux murs.
— Oui, c’est de moi, balbutiai-je.
— C’est pas mal. Vous me faites visiter ?
— Oui, répondis-je de façon déconcertée. Moi, c’est Thomas.

Après l’improbable visite, elle reprit place dans le canapé. Elle me décocha un vrai beau sourire. June semblait se détendre.
— Cette maison me plaît beaucoup. Je peux revenir demain ? m'interrogea-t-elle.
— Revenez… quand vous voulez. D’ailleurs, la porte est toujours ouverte !

J’étais clairement tombé amoureux. Le soir, j'étais incapable de trouver le sommeil. Dans mon lit, je n’arrêtais pas de me retourner. Je pensais inexorablement à June en fixant la place vide à mes côtés.

Le lendemain, je guettais son retour. Il était hors de question que je m’absente de la maison. Ce problème de serrure était même devenu un alibi pour surveiller les alentours. Le reste pouvait attendre. Seule sa venue m’importait.

Au milieu de l’après-midi, elle fit son entrée :
— La porte n’est toujours pas réparée ? glissa-t-elle.
— Je suis un piètre bricoleur, vous savez…


June arborait une jolie robe blanche aujourd’hui. Quelque chose de très naturel. Elle avait noué ses cheveux de façon très simple. Elle m’interrogea sur mes fameuses créations. Elle venait d’ouvrir l'un de mes bouquins.
— Qui est cette femme ? me demanda-t-elle
— Une belle inconnue, rétorquai-je en me rapprochant d'elle.
— Est-ce qu’elle me ressemble ? me lança-t-elle.
— Je ne sais pas. Vous avez les cheveux noués.

Machinalement, elle s’empressa de les dénouer. Ce fut un moment magique. Irrémédiablement, nos regards se croisèrent et nos lèvres se rapprochèrent. Un long et tendre baiser d’une rare intensité s'en suivit. Quelle douceur ! Au moment de l’embrasser dans le cou, elle me repoussa tendrement.
— Pas si vite s’il te plaît. Nous avons tout le temps.
Dans la foulée, elle repartit.
— Tu reviendras demain ? lui demandai-je, penaud.
— Bien sûr, acquiesça-t-elle, je reviendrai un jour ou l’autre.

(Fin possible de la première partie)

Un jour passa sans la revoir. Je devais être heureux. Pourtant, j’étais tendu. Moi, le célibataire endurci était sérieusement épris. Je ne parvenais pas à me concentrer sur ce que je faisais. Bricolage ou écriture, tout était voué à l’échec. Sans succès, je tentais de téléphoner à ma mère : pas de réseau. Certainement à cause du mauvais temps.

Avant de me coucher, je pris une douche. Soudain, la fenêtre claqua. Instinctivement, je tournai la tête. Rien à l’horizon. Je sentis une présence derrière moi. Je n’eus pas le temps d’esquisser le moindre geste. Deux bras féminins enlacèrent mon torse. C’était June.
— Ne te retourne pas, me murmura-t-elle aux oreilles avant de m’embrasser le long du dos.
La fenêtre claqua de nouveau. Je me retournais. Il n’y avait personne. Avais-je rêvé ?

Une heure plus tard, je me couchais. Dans un premier sommeil, j’entendis la voix de June m’appeler dans la nuit. Une fois, deux fois. Il fallait que j’en aie le cœur net. J’allumai la lampe de chevet

C’était bien June. Debout au bord du lit, elle était incroyablement belle sous la lumière tamisée. Les cheveux défaits, elle resplendissait dans son déshabillé raffiné.
— C’est bien toi, June ?
— C’est bien moi. Et je peux te le prouver.
Elle défit son peignoir et se faufila sous les draps. Elle s’empressa de m’embrasser. Elle ferma la lumière et nous fîmes l’amour de façon incroyablement belle. Il y avait beaucoup de tendresse dans nos ébats. Nous ne faisions qu'un.

Au réveil, mon premier réflexe fut de me retourner vers elle. Elle était toujours là, si belle et si radieuse dans son sommeil. Non, cette fois, je n’avais pas rêvé.

Pour moi, les choses devinrent rapidement incontrôlables. J’étais fou d’elle. Un regard suffisait pour que je m’enflamme. Un matin, elle n’était plus dans le lit. Mon sang ne fit qu’un tour. En colère, je fis le tour de la maison à sa recherche. Assise sur le plan de travail de la cuisine, June déjeunait tranquillement. Elle me fixa un instant et se mit à rire :
— Viens !
Elle m’acheva en décroisant les jambes. J’étais soudain un esclave à ses pieds.

Je ne savais toujours rien d’elle. Elle me menaçait de partir à chaque fois que je la questionnais :
— Tu veux que je m’en aille ?
— Non. Bien sûr. Tu sais que j'ai besoin de toi !

Pour autant, June changeait. Ses tenues devenaient colorées. Elle se confondait de plus en plus avec les femmes de son âge. Elle perdait un peu de son mystère. Son comportement était différent. Désormais, c’est elle qui me dominait. Nous faisions l’amour quand elle le décidait. Elle commençait aussi à prendre ses marques dans la maison. Un jour, je la surpris même à décrocher l’une de mes photos du mur.
— Tu ne l’aimes pas ?
Sa seule réponse fut de me pousser dans le canapé. Tel un animal sur sa proie, elle bondit sur moi et me dévora. Je ne pouvais que rendre les armes…

Puis, une autre fois, elle m'avoua :
— J’ai fait la connaissance de ta mère tout à l’heure.
— Quoi, tu n’es pas venue me chercher ?
— Non, je lui ai dit que tu dormais. Elle m’a demandé de ne pas te déranger.

J’avais l’impression de perdre le contrôle de ma vie. Une sorte de combat s’installait entre June et moi. Plusieurs fois, je pris la poudre d’escampette. À pied dans les rues du village, j’errais comme une âme en peine. Les gens passaient à côté de moi sans me regarder. J’avais l’impression qu’ils savaient.

Un soir, June prenait sa douche. À mon tour, je fis claquer la porte. À mon tour, je la rejoignis sous la douche en emprisonnant ses seins. Je voulais voir la peur dans son regard. Alors, seulement, je pus m’éclipser.

Quelques minutes plus tard, c’était sans soute un mirage. June réapparut comme au premier jour. Elle vint me rejoindre dans le canapé pour me consoler.
— Il vaut mieux se quitter, lui soupirai-je.
— D'accord, mais aimons-nous juste une dernière fois, implora-t-elle. Je t'en supplie.

Je fus incapable de lui résister. Elle me conduisit dans la chambre et prit les commandes. Elle me poussa violemment sur le lit et arracha mes vêtements. J’étais amorphe. M’avait-elle drogué ? Avec sa ceinture, elle m’attacha au lit et me fit violemment l’amour. Je ne pouvais plus que la supplier.
— June, arrête ! Dis-moi que je rêve. Dis-moi que tu es un fantôme !

J'étais sur le point de m'évanouir quand j'entendis ses derniers mots :
— Mais non, Thomas, ce n’est pas moi le fantôme, Thomas, ce n’est pas moi... C’est toi le fantôme !!!

Dix jours après sa disparition, les gendarmes retrouvèrent la voiture accidentée de Thomas au fond d’un ravin, non loin du village. Son cadavre gisait là à quelques mètres. L’un des militaires s’étonna de la bonne conservation du corps :
— Il est pratiquement encore chaud !
Surpris par la ceinture qu’il serrait dans l’une de ses mains, ils crurent même apercevoir une larme couler sur son visage. C'était sans doute une goutte de pluie.

À la fenêtre de la maison, après l’enterrement, June fixait l'horizon. La mère de Thomas avait trop de chagrin et lui avait demandé de rester :
— C’est-ce qu’il aurait souhaité de toute façon.

June faillit attraper un fou rire quand elle referma sans problème la porte de la maison :
— C'est réparé !

Son visage s'éclaira au moment de s'adresser une dernière fois à Thomas :
— Tu as voulu prendre ma vie ? J’ai pris la tienne! Voire un peu plus… Je suis enceinte !!!

 

 

 

FIN

 

 

 

Auteur : Vincent Pennel ©

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Last Day Of June (nouvelle)

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LAST DAY OF JUNE - screenplay (projet version filmée)

3) Musique

Prefab Sprout - Cars & girls (générique de début)

Pearl Jam - Indifference (première scène où June s'en va avec la forte luminosité)

Louise Attaque - Tes yeux se moquent

Goo Goo Dolls - Name

Crowded House - Into Temptation (première scène d'amour)

Live - Turn my head

Finn - Last day of june (générique de fin)